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L'AIL
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(Allium sativum), Famille des Liliacées. C'était la
rose puante des Grecs. dont l'odeur forte faisait interdire à
ceux qui en mangeaient l'accès des temples de Cybèle.
Cette plante bulbeuse vivace et rustique, si estimée à
juste titre des populations méridionales, est de nos jours
cultivée dans tous les jardins et connue de tous.
Originaire des steppes de l'Asie centrale, l'Ail fut probablement
apporté par les hordes mongoles. Connu dès la plus
haute Antiquité (la première mention de l'ail date
de 50 av. J.-C.). il se répandit
rapidement autour du Bassin méditerranéen, où
l'on eut vite fait de l'apprécier.
Tous les peuples ont chanté les louanges de cette plante,
à la fois alimentaire, condimentaire et médicinale;
Égyptiens, Hébreux, Grecs, Romains, Arabes, et avec
eux, les médecins de la Renaissance et ceux des siècles
suivants ont constaté ses réelles vertus.
Seul, Horace fit exception à ce concert de louanges:
Si quelque jour, un fils étranglait son vieux père,
C'est par l'ail qu'il devrait périr. La ciguë est bien
moins meurtrière.
Mais il faut dire que ses raisons étaient toutes personnelles.
Mécène, ami peu sincère, jaloux de l'amour
d'Horace pour sa maîtresse Lydie, trouva dans l'Ail l'argument
odorant pour éloigner Lydie à
tout jamais: il convia Horace à un repas fortement assaisonné
de cet Ail que Lydie détestait. Horace se précipita,
le repas terminé, chez sa maîtresse, dont il ne pouvait
supporter d'être séparé, même quelques
heures. Hélas! celle-ci, indignée, le repoussa et
pour toujours...
Les Anciens considéraient l'Ail comme une panacée,
mais deux qualités essentielles lui étaient attribuées:
d'abord fortifiant puissant (l'Ail n'était-il pas distribué
aux ouvriers constructeurs des
pyramides de Gizeh pour leur donner des forces?) et aussi préservatif
contre la peste.
La Bible nous apprend que Booz en donnait à ses moissonneurs
pour les fortifier et pour combattre les épidémies.
Quant au Talmud, il attribue à l'Ail, outre ces mérites
déjà reconnus, celui de tuer les vers intestinaux
et de rendre le sperme plus abondant. Les Grecs, Aristophane en
tête, ne tarissent
pas d'éloges sur ses nombreuses vertus, parfois d'ailleurs
parfaitement illusoires.
Il en fut de même des Romains: Galien surnommait d'ailleurs
l'Ail "la thériaque des paysans"l. Les Arabes le
considéraient comme un antidote remarquable contre la rage,
les morsures de vipère, les piqûres de scorpion. L'école
de Salerne, en plus de ces vertus, lui reconnut ses propriétés
antiseptiques.
Tant et si bien que l'Ail finit par être considéré
comme une panacée, d'autant plus que Paracelse et Ambroise
Paré, gens de la Renaissance, le recommandèrent de
nouveau comme un indiscutable
préservatif de la redoutable peste. L'Ail était d'ailleurs
un des composants du célèbre "vinaigre des 4
voleurs", officialisé par le Codex de 1758, et qui fut
longtemps le seul moyen de combattre les épidémies
jusqu'à l'avènement de l'ère pastorienne. Chacun
sait que le grand-père d'Henri IV,
à sa naissance, lui frotta les lèvres d'une gousse
d'Ail pour lui donner force et vigueur et le prémunir contre
les maladies; actuellement, l'Ail est encore utilisé dans
les campagnes pour éviter les maladies contagieuses et la
grippe.
De nos jours, on reconnaît surtout à l'Ail de remarquables
propriétés hypotensives (grâce à son
action sur les artérioles et la contractilité cardiaque),
bien mises en évidence par les Drs Loeper
et Lemaire et par le Pr Chailley- Bert. Il stimule de coeur, facilite
la circulation et dépure le sang: son
extrait est d'ailleurs largement utilisé dans les médicaments
modernes contre la tension.
Ses propriétés antiseptiques, bactéricides
et expectorantes incontestables, signalées par les Romains
et l'école de Salerne, en font non seulement un agent contre
les maladies contagieuses,
mais un excellent curatif des bronchites, grippes, infections respiratoires
saisonnières. (Drs Loeper et Leclerc).
Sur les organes digestifs, l'Ail agit comme antiseptique: il détruit
la flore pathogène et, par son action spasmolytique, lutte
contre les diarrhées. On regrette qu'il soit si mal toléré
par les estomacs délicats!
L'Ail est encore un excellent vermifuge, très valable contre
les ascaris et les oxyures (Dioscoride, le premier, remarqua cette
propriété). Ses propriétés rubéfiantes
et vésicantes le font enfin utiliser comme sinapisme ou coricide.
En utilisation interne:
En dehors de son utilisation à l'état cru ou cuit
dans l'alimentation, on peut confectionner les préparations
suivantes:
- Décoction. 2 ou 3 gousses écrasées, bouillies
dans un verre d'eau ou de lait.
- Sirop. Faire bouillir 50 g d'ail dans un verre d'eau. Filtrer,
ajouter 50 g de sucre. Prendre 2 ou 3 cuillerées à
soupe par jour.
- Alcoolature. Écraser une livre d'Ail, en extraire le jus.
Ajouter à ce jus la même quantité d'alcool à
40°. Prendre une cuillerée à café 2 ou
3 fois par jour, pendant 10 jours par mois.
En utilisation externe:
- Cataplasme d'Ail pilé en sinapisme (malheureusement
d'odeur forte) contre les névralgies.
- Huile ou pommade. Ail pilé, additionné de deux fois
son poids d'huile camphrée ou de saindoux, contre les rhumatismes,
l'arthrite, les douleurs de la colonne vertébrale.
- Emplâtre. Fait d'une rondelle d'Ail, contre les cors, les
durillons et les verrues.
- Lavement. Vermifuge avec une décoction d'Ail dans du lait.
Signalons enfin le remède qu'une bonne femme indiqua à
Ambroise Paré un jour que celui-ci souffrait horriblement
des dents et qu'il conseilla lui-même plus tard: faire chauffer
une gousse d'Ail et la mettre bien chaude dans la dent malade.
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